Le blog des éditions Libertalia

Ritchy Thibault invité de lundimatin

jeudi 26 mars 2026 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Ritchy Thibault, auteur de Voleurs de poules ! Combattre l’antitsiganisme, était l’invité de l’émission de lundimatin du 23 mars 2026.

« Lorsqu’il avait 14 ans, Ritchy Thibault est allé sur un rond-point, il est devenu l’une des figures du mouvement des Gilets jaunes. Depuis, il a été assistant parlementaire jusqu’à se faire bannir de l’assemblée nationale et congédier par son employeur, passé un nombre incalculable d’heures en cellules de garde à vue, fondé le PEPS, propagé pas mal de Zbeul, animé des émissions sur le web, écrit des articles ainsi que trois livres, et se prépare à affronter dans la joie et la bonne humeur trois procès au tribunal judiciaire de Paris qui l’opposent à la crème de ceux qui nous gouvernent (le président lui-même, évidemment mais aussi Bruno Retailleau ou encore Laurent Nunez). Pour comprendre d’où lui vient une telle énergie et pourquoi elle ne se départ par de beaucoup d’humour, il faut livre son dernier livre : Voleurs de poules, combattre l’antitsiganisme (Libertalia). Cette irréductibilité au pouvoir autant que cette disposition au coup d’éclat, on ne peut la comprendre qu’à partir du récit historique et éthique qu’il fait de l’antitsiganisme et de la guerre livrée depuis toujours par l’État contres les populations Roms, Sinti, Manouches, Gitans, Yéniches et Voyageurs. Des formes de vie, qu’il a toujours fallu surveiller, contrôler, réduire et même éradiquer tant elles incarnent ce petit caillou dans la chaussure d’une civilisation qui ne peut tolérer qu’elle-même. Cette interview est aussi longue qu’elle est intelligente et drôle ; pour s’y repérer, nous l’avons accompagnée d’un chapitrage qui servira tout autant de sommaire. On y parle de l’antitsiganisme et de son histoire évidemment, mais depuis là découle tout le reste, jusqu’aux stratégies nécessaires et adéquats pour lutter contre l’État et le pouvoir sans jamais en accepter les méthodes, les schémas et les armes. Au reste, il s’agit certainement de l’unique occasion que vous aurez de sauver une poule en achetant un livre. »

Lever la main dans Les Cahiers pédagogiques

mardi 3 mars 2026 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans Les Cahiers pédagogiques, 2 mars 2026.

C’est avec grand profit qu’on lira l’essai de Mathieu Bilière, « professeur de français dans un lycée de sous-préfecture » – comme il aime à se présenter avec une souriante modestie. Ce journal pédagogique déroule le fil des activités d’une classe de lettres en lycée général, tout au long d’une année. Il se double d’une réflexion sur la puissance de l’enseignement littéraire aujourd’hui, qui transforme ce récit en aventure intellectuelle collective. Il faut ici entendre le mot puissance non comme instrument de domination sociale, mais comme pouvoir d’agir. Un choix d’énonciation étonnant, la 2e personne du singulier, crée un lien de camaraderie joyeuse entre l’auteur et son lecteur qui se trouve embauché d’emblée dans l’atelier de littérature, déjà tenu comme capable, lui aussi, de faire tourner la classe de la sorte.
En s’interdisant le « je », l’auteur prend ses distances avec la position de maître ; il se refuse aussi à être le gardien de ce patrimoine menacé que serait la littérature, ou un garant de l’orthodoxie des exercices du baccalauréat. Dans le système scolaire actuel, plus encore depuis la réforme du bac, les exercices du bac de français ont comme principal objectif d’opérer un tri scolaire et social, la question des rapports des élèves à la littérature restant finalement au second plan. Mathieu Bilière renverse la vapeur, il entend changer les finalités du cours de littérature au lycée : il ne s’agit plus de faire entrer les élèves qui le peuvent dans une norme scolaire (et sociale), et d’exclure ceux qui ne peuvent y parvenir, mais de permettre à tous de faire « la rencontre du littéraire ». Rencontre qui vise à offrir une expérience plus large du monde que celle de sa seule individualité. Dans le même temps, afin de ne pas mettre ses élèves en échec au moment de l’examen, le professeur doit leur apprendre peu à peu à couler le récit de cette expérience dans les formes attendues par l’institution pour les épreuves du bac, à savoir le commentaire composé, la dissertation et le commentaire linéaire.
Pour tenir ce fragile équilibre, Mathieu Bilière développe une pédagogie très politique, à la croisée de la pensée de Freinet et de la pédagogie institutionnelle, nourrie aussi par une réflexion autour des communs. Là-dessus vient se greffer tout naturellement une didactique des lettres. Sa progression annuelle vise une émancipation généralisée. Dans le latin juridique, emancipare c’est lever la main du père, c’est-à-dire suspendre une domination familiale, sociale, politique, autrement appelée le droit du père. Ainsi revisité par l’auteur, ce concept agit comme une puissance quasi géologique : souterraine, « subversive », elle vient donner forme à tous les aspects du cours de lettres.
Cette pédagogie de l’émancipation repose sur deux gestes professionnels essentiels. D’une part, débusquer dans tous les lieux du cours de français la présence de « la main » qui empêche l’accès à l’expérience émancipatrice du littéraire : l’implicite scolaire, la sacralisation du corpus patrimonial, l’autolimitation, etc. D’autre part, inventer des dispositifs pour « lever cette main » : garder trace du cours dans un journal, oser l’analyse d’un texte littéraire avec des paperolles, mettre en scène la pensée dialectique au sein du collectif pour apprendre à disserter…
« Lever la main », c’est aussi choisir les corpus littéraires qu’on donne à lire à ses élèves et en proposer une interprétation qui émancipe. L’essai propose ainsi des relectures du Cid, de Roméo et Juliette, du Loup et l’Agneau, de Madame Bovary, d’une page de Pierre et Jean. On découvre les outils didactiques qui permettent de s’approprier ces œuvres, d’abord de façon collective dans ce grand corps qu’est la classe, puis de façon individuelle. Par la bande, car ce n’est pas l’objectif premier de l’essai, on se délectera des interprétations stimulantes proposées par l’auteur : ici une lecture dramaturgique du Cid, là une déclaration d’amour décalée, sur fond de pêche à la crevette, dans Pierre et Jean… On s’amusera plus loin d’une expérience de lecture créative du Cid, où la classe est conduite à imaginer des scénarios aussi rocambolesques que sanglants, façon Games Of Thrones, à partir de la seule distribution des personnages de la pièce, avant d’entrer dans la lecture.
On trouve également dans l’essai des propositions d’évaluation par compétences sous forme de grilles, et plusieurs outils transversaux pour analyser des textes dans un collectif de travail. Vu la richesse du matériau pédagogique, on regrettera un peu le choix du format de poche pour ce titre : on brûlerait de voire reproduits une vingtaine de « paperolles », différents posters préparatoires aux dissertations, les versions successives conduisant au « chef-d’œuvre » etc.
Autre façon de « lever la main », celle qui pèse sur l’enseignant cette fois, c’est de renouveler la terminologie didactique de la discipline : « atelier », « besogne », « matériau », « rouages qui tournent », « chefs-d’œuvre ». Ce n’est pas une simple fantaisie lexicale : empruntés à l’artisanat, ces mots changent le regard sur les exercices normés du bac, leur finalité, l’éthique qui leur est associée, ils participent du renouvellement des pratiques. Tout converge pour défaire la littérature de son « aura salonnarde », pour « enlever l’accent circonflexe sur le a de théâtre », toujours avec l’idée de rendre la rencontre littéraire possible pour tous les élèves.
Les scénarios pédagogiques proposés par Mathieu Bilière ne sont pas des recettes, ce sont des formes-sens, des matrices, qu’on pourra à son tour adapter à son contexte de travail. À cela s’ajoute l’énonciation en « tu », qui, jouant sur la fonction pragmatique du langage, vient titiller notre envie d’agir. Cet essai nourrira toutes celles et ceux qui sont conduits à enseigner la littérature, du cycle 3 à l’enseignement supérieur. Cette lecture met en marche les rouages de l’atelier pédagogique propre à chacun : comment faire advenir l’expérience littéraire émancipatrice dans ma classe ? sous quelles formes rendre compte de cette expérience pour mon niveau d’enseignement ? Mais aussi : quelle main puis-je lever, en fonction d’où je parle et à qui je m’adresse ? Si l’émancipation sociale est celle qui préoccupe le plus l’auteur, l’envie nous prend à sa suite de « lever d’autres mains », qui se superposent à la première : lever la main du patriarche, du colonisateur, de l’humain extractiviste qui détruit du reste du vivant… Le livre, qui n’emprunte jamais le registre de la déploration, se clôt sur une esquisse d’utopie qui prendra forme « après la tempête ». Celle d’une « école des communs » où la littérature, dans une boucle de création-réception, tiendra l’imaginaire comme un bien à cultiver et partager entre tous les élèves.

Charlotte Michaux

Soutien à la librairie Violette and Co

vendredi 16 janvier 2026 :: Permalien

Communiqué de la librairie Violette and Co.

« Le 7 janvier 2026, la librairie·café féministe, lesbienne et LGBTQIA+ Violette
and Co a subi une perquisition irrégulière visant à saisir des livres. Cette
descente de police disproportionnée dans un lieu culturel est inédite en
France et très préoccupante quant aux libertés fondamentales des librairies. »

Lire le communiqué en intégralité (pdf 154 ko).

Parias, de Marina Touilliez

lundi 5 janvier 2026 :: Permalien

Parias, de Marina Touilliez, paru en 2024 aux éditions L’Échappée, est un livre immense.
Cet ouvrage, qui se lit comme un roman, nous emmène dans les pas de la philosophe Hannah Arendt (1906-1975), de l’enfance à Hanovre aux dernières années à New York.
C’est la période 1933-1941 qui est la plus largement décrite.
Hannah et Gunther Anders (son premier mari) ont fui l’Allemagne nazie pour Paris. La France, à leurs yeux d’exilé·es, est la patrie des dreyfusards, un refuge. Rapidement le couple s’étiole et Hannah rencontre son grand amour, le militant communiste oppositionnel Heinrich Blücher.
Au 10, rue Dombasle, dans le 15e arrondissement, et pour quelques années, se constitue une « tribu » d’antifascistes allemands et germanophones, juifs et marxistes : il y a là notamment Walter Benjamin, Arthur Koestler, Erich Cohn-Bendit et Herta David (les parents de Daniel).
Les tracasseries s’amplifient : dénuement, déchéance de nationalité, répression, surveillance policière. À l’exception de la parenthèse 1936, les choses vont de mal en pis à mesure que la guerre approche. Jusqu’à l’internement dans les camps de Gurs et du Vernet et la collaboration française avec le Reich.
La tribu fait preuve de la plus grande solidarité, mais le désespoir l’emporte chez ces « indésirables ». Certains optent pour le suicide (Walter Benjamin), Koestler part à Londres, Hannah Arendt et Heinrich Blücher parviennent – difficilement – à obtenir un visa pour les États-Unis.
Toute sa vie durant, Hannah Arendt sera restée attachée à deux qualités qui font la noblesse des « parias conscients » : l’amitié et l’irrévérence.
Cette étude est bouleversante. On ne peut que la recommander vivement.

Tokyo 68 dans Le Monde

lundi 5 janvier 2026 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans Le Monde, 29 décembre 2025.

« Tokyo 68 » :
chronique d’un éveil politique

Des révoltes étudiantes de 1968, l’on retient la plupart du temps l’unique cas français, mais nombre d’autres pays se sont embrasés, à l’image du Japon. Tokyo 68, enrichissant album, est le fruit de la collaboration de l’universitaire Chelsea Szendi Schieder, spécialiste du militantisme féminin nippon, et de l’autrice de BD politique Hélène Aldeguer. Le trait sobre de cette dernière donne corps à un récit plein d’intellect, de détails et de dialogues, loin des stéréotypes visuels et moraux sur l’Archipel.
Tokyo 68 est la chronique de l’éveil au combat politique d’Hiromi et Kazuko, étudiantes fictives dont le parcours est minutieusement documenté par le réel et l’histoire. Amies d’adolescence ayant grandi dans des foyers socialement différents, les deux femmes vont concrétiser leur engagement sur fond de mobilisation antiguerre et de reconstruction sociale. Une piqûre de rappel utile à l’heure d’un Japon sous la coupe de la première ministre nationaliste radicale Sanae Takaichi.

P. Cr.