Nuit tranquille Place Clichy
mardi 29 juillet 2008 à 19:03 :: Permalien :: rss
C'est l'hiver, il pleut de la merdouille glacée, et c'est, une fois de plus, ourdé à mort que je décambute du Cyrano. Pas question d'aller me pager, c'est tellement beau Paris la nuit ! Titubant mais enthousiaste, j'entreprends le périple initiatique quotidien qui doit me hisser au sommet de ma quète ethylico-spirituelle, place des Abbesses.
Devant le Wepler,une voix suraiguë, éraillée, reconnaissable entre toutes, m'interpelle : c'est ma copine Betty, travelo de son état, Samir pour l'état-civil et gendarmesque. Nom de Dieu, elle est toute belle, tout juste sortie de prison ou elle s'est sevrée et remplumée. Elle a profité de son séjour à l'hotel des verrous pour se faire poser un superbe ratelier, et des collègues l'ont refringuée. Elle a fière allure, l'est quasiment pimpante avec ses belles ratiches et son gros cul moulé dans un fute en cuir marron. Bien sur, elle louche toujours, son nez est toujours aussi tordu, mais elle n'a pas encore eu le temps de se déglinguer, je suis bien content de la revoir. Elle me présente son nouveau fiancé, un grand vicking borgne. Ca doit être tout frais, il ne porte ni bandeau ni oeil de verre, ça suppure un peu. Une masse ce zonard, il sent un peu fort, même en plein air, mais l'a lair plutôt sympa.
Comme l'alcool rend con et généreux, je les invite à becter. Nous optons pour le Bistro Romain et son Carpaccio à volonté qui nous tendent les bras de l'autre coté du boulevard. Quand nous pénétrons dans le gasthaus à moitié vide, c 'est la consternation générale. Nous sentons bien que nous ne sommes que moyennement les bienvenus. Qu'à cela ne tienne, il en faudrait beaucoup plus pour entamer la joie de nos retrouvailles. Une demoiselle un peu pincée prend les commandes, on nous sert, c'est le principal. Betty et son Jules font honneur au Carpaccio, ils en reprennent douze fois. On boit du rosé, histoire de faire glisser la tortore, mais on est déjà tous les trois plus que déchirés. Je ne me souviens plus très bien de notre conversation, mais nous avons nous avons du faire assaut d'esprit puisque nous avons rigolé beaucoup et très fort. Quand arrive l'addition, vers une heure du mat, je rigole moins. Quatre cents francs ! Je fais mon chèque en gueulant que c'est scandaleusement trop cher et que pour la peine, j'embarque la prétentieuse chaise en velours rouge à boutons dorés sur laquelle j'étais posé. Nous quittons donc l'établissement lestés d'une chaise sans qu'aucun loufiat n'intervienne.
La neige fondue dégringole toujours. Sur le chemin de ma piaule, rue d'Amsterdam, nous croisons une vieille clodo toue rabougrie qui pousse un trentenaire bourré dans un fauteuil roulant. On discute, je suis de plus en plus dans le coltard. La vieille disparait, nous héritons de l'handicapé que je décide de ramener, lui aussi, chez moi. Une fois dans le hall, je suis bien obligé de constater que j'habite toujours au sixieme étage sans ascenseur. Nous tentons, le cyclope et oime de soulever le bonhomme et son engin, mais l'ensemble est foutrement lourd. De plus, une puissante odeur de merde nous assaille pendant la manoeuvre et nous dissuade de poursuivre notre effort. Le gaillard s'est chié dessus, nous l'abandonnons à son sort, après tout il est à l'abri dans le hall et nous montons péniblement nous coucher.
Le lendemain est nauséeux à souhait. La gueule de bois, la tronche de mes invités, les vagues souvenirs de la veille, tout est désespérant. J'invente un rencard pour me débarasser de Betty et Quasimodo, puis je descends à mon tour, prendre un bon bol de gaz carbonique.
La gardienne m'alpague, furibarde:
– qu'est-ce que vous m'avez encore ramené comme cinglés ?? Cette fois-ci y'en a un qui a fait caca partout, y'en avait même sur les murs, j'ai passé ma matinée à nettoyer !
Je pète les plombs :
– mais c'est pas vrai, ça ! Dés qu'y a une connerie de faite c'est moi qu'on accuse ! Faudrait quand même que je sois un sacré connard pour ramener un chieur fou dans mon propre immeuble, non ?
Elle doute, j'en profite pour m'esbigner, drapé dans ma dignité offensée.
La vie est bien compliquée aujourd'hui, il caille, c'est pas la gloire.
Je crois bien que je vais aller rallumer la chaudière au Cyrano.
The Meteors - Graveyard Stomp 1981
Thierry Pelletier








Commentaires
1. Le mercredi 30 juillet 2008 à 13:37, par Franck 974
2. Le mercredi 30 juillet 2008 à 13:55, par Sim's
3. Le mercredi 30 juillet 2008 à 17:44, par badpoted'outremer
4. Le mercredi 30 juillet 2008 à 22:23, par don migo
5. Le vendredi 1 août 2008 à 09:54, par lerat
6. Le mercredi 13 août 2008 à 21:44, par laurent cognasse
7. Le jeudi 14 août 2008 à 18:18, par Grégory
8. Le mercredi 20 août 2008 à 20:16, par louloua
9. Le samedi 23 août 2008 à 10:58, par Bruno
10. Le mercredi 27 août 2008 à 09:25, par ->XtoF
11. Le mercredi 27 août 2008 à 23:20, par Arthur
12. Le lundi 1 septembre 2008 à 21:21, par couin
13. Le samedi 20 septembre 2008 à 11:57, par Jean jacques juif
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