Un auteur publié aux éditions LibertaliaAller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Nuit tranquille Place Clichy


C'est l'hiver, il pleut de la merdouille glacée, et c'est, une fois de plus, ourdé à mort que je décambute du Cyrano. Pas question d'aller me pager, c'est tellement beau Paris la nuit ! Titubant mais enthousiaste, j'entreprends le périple initiatique quotidien qui doit me hisser au sommet de ma quète ethylico-spirituelle, place des Abbesses.
Devant le Wepler,une voix suraiguë, éraillée, reconnaissable entre toutes, m'interpelle : c'est ma copine Betty, travelo de son état, Samir pour l'état-civil et gendarmesque. Nom de Dieu, elle est toute belle, tout juste sortie de prison ou elle s'est sevrée et remplumée. Elle a profité de son séjour à l'hotel des verrous pour se faire poser un superbe ratelier, et des collègues l'ont refringuée. Elle a fière allure, l'est quasiment pimpante avec ses belles ratiches et son gros cul moulé dans un fute en cuir marron. Bien sur, elle louche toujours, son nez est toujours aussi tordu, mais elle n'a pas encore eu le temps de se déglinguer, je suis bien content de la revoir. Elle me présente son nouveau fiancé, un grand vicking borgne. Ca doit être tout frais, il ne porte ni bandeau ni oeil de verre, ça suppure un peu. Une masse ce zonard, il sent un peu fort, même en plein air, mais l'a lair plutôt sympa.

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Un dernier pour la route...

Paru le 28.07 2008 sur recits.blogs.liberation.fr/thierry_pelletier.

Torcher une déficiente mentale obèse et paraplégique, lui changer sa couche soir après soir, c'est pas vraiment ce que je rêvais quand j'étais minot, je me voyais plutôt Eddy Merckx ou Eddie Cochran...
Pourtant, sans nourrir une appétence démesurée pour le caca, l'idée d'être payé pour ne pas laisser mon prochain dans sa merde n'est pas pour me déplaire. Faut bien que quelqu'un s'y colle, et puis les handicapés de mon foyer sont bienveillants, en tout cas ils m'ont à la bonne.
Daniel, comme chaque soir, se grille trois clopes d'affilée avant d'aller se coucher, masque à oxygène sur la tronche, Radio Nostalgie à donf. C'est justement «Summertime blues» du bel Eddie qui tonitrue dans sa carrée au moment ou je passe pour ma ronde: «Alors ça y'est ils t'embauchent?» qu'il me demande en m'attrapant le bras.

Depuis dix mois que je fais des remplacements au foyer, lui qui a bien d'autres soucis, ça le taraude que je le décroche ce fichu CDI. Géraldine est malade de la Chorée de Huntington. Un jour on vous annonce que vous allez au plus tard dans la décennie perdre toutes vos facultés avant de finir dément. S'en souvient-elle, elle qui ne parle déjà plus, pousse de long cris aigus, et parvient à grand peine chaque soir à marcher jusqu'aux toilettes en s'aggripant à mes bras? En attendant, elle comprend toujours mes pauvres vannes, sourit à mes conneries, rigole à sa façon, quand je fais semblant d'être assommé par une des baffes qu'elle m'assène régulièrement de ses bras qu'elle ne contrôle plus.

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